Portrait de Théo Mavrotomos, légende et recordman de plongée

in Culture/News

Il y a quelques jours, la rédaction de Click-Dive magazine s’est rendue à l’Institut national de la plongée professionnelle (INPP) situé à la Pointe Rouge, non loin des Calanques de Marseille, pour rencontrer une légende de la plongée : Théo Mavrostomos.

On retrouve Théo sur son lieu de travail où il forme chaque jour les plongeurs professionnels de demain. Il nous accorde de son temps pour nous parler de son incroyable parcours dans l’univers de la plongée. Pour les néophytes qui ne connaitraient pas son nom, ce plongeur est recordman de la plongée la plus profonde à pas moins de 701 mètres de profondeur ! Un record établi le 20 novembre 1992, soit 26 ans en arrière et qui depuis, n’a encore jamais été battu.

C’est alors que Théo Mavrostomos commence par nous raconter ses débuts de plongeur. Etant originaire de l’île grecque de Kalymnos, un lieu qu’on surnomme aussi « île des plongeurs », il commence à plonger en apnée dès le plus jeune âge lorsque sa famille l’emmène sur les plages de la cité phocéenne. A l’époque c’était avant tout un amusement, il plongeait sans aucun matériel et cherchait à explorer la côte méditerranéenne. A l’âge adulte, après un début d’études d’architecte et un passage de courte durée dans le marine, il décide de rejoindre la société Hippocampe dont la mission était de faire du brossage de coques des bateaux dans le port de Marseille. A ce moment-là il n’avait jamais plongé avec du matériel mais son amour pour la mer l’amène à postuler. C’est dans ce poste que Théo découvre le monde de la plongée professionnelle.

Sur le journal de la Provence, il voit une annonce : COMEX, à l’époque plus grosse entreprise de plongée au monde, recherche des plongeurs pour les former à la plongée profonde. Cette offre intéresse naturellement Théo car elle est synonyme d’un bon salaire et de voyages à travers le monde. Il fait alors parti d’un groupe de 30 personnes qui passent des tests pratiques et théoriques pour au final n’en garder que 10. N’ayant aucune connaissance théorique il ne fait pas parti des sélectionnés. C’est grâce au désistement d’un des plongeurs suite à des problèmes médicaux, que Théo Mavrostomos est recontacté pour rejoindre la société COMEX. Suite à cela, il suit pendant 3 mois sa formation à l’I.N.P.P et part comme stagiaire pendant 6 mois en mer du Nord. Pendant cette période, il observe, apprend et il est admiratif de voir de ses propres yeux cette plongée industrielle. C’est dès sa deuxième rotation qu’on lui propose de rejoindre l’équipe des plongeurs pour un remplacement. Il se retrouve avec une équipe de saturation constituée de 3 plongeurs confirmés et commence ainsi sa carrière dans la plongée en caisson hyperbare. Un lieu qui est comme sa deuxième maison puisqu’il y passe 90 à 120 jours de saturation dans l’année et à son actif il compte plus de 2000 jours passés dans le caisson.

Pendant 4 ans il continuera les saturations et les chantiers jusqu’à ce qu’il entende parler de soudure hyperbare. Il aimerait évoluer et devenir soudeur mais à cette époque COMEX n’avait pas de postes à proposer et l’entreprise était en changement de statut. Théo s’est retrouvé quelques mois plus tard licencié économique. Il profite de cette période pour faire une formation de soudeur haute pression. COMEX lui propose de le réembaucher et il accepte à condition de devenir soudeur hyperbare. Suite à une période d’essai qui se passe pour le mieux, Théo Mavrostomos rentre dans la profession. En tant que soudeur, il fait partie de l’équipe qui réalise une soudure manuelle à -300 mètres, soit un record mondial de la soudure manuelle la plus profonde. Le premier record de Théo qui pourtant n’a pas eu autant d’écho que celui qui a fait sa renommée.

Remarqué par ses supérieurs par la qualité de son travail et son comportement irréprochable, Théo est envoyé dans un centre hyperbare comme « secours du secours » pour un nouveau record mondial. Tout ceci se déroule dans le cadre des projets Hydra (édition numéro 10) qui a permis le développement d’un nouveau gaz, l’hydréliox et qui a pour objectif de réaliser plongée la plus profonde à plus de 700 mètres sous le niveau de la mer. Un retournement de situation fait que les premiers choisis sont retirés du projet et Théo est alors plongeur sélectionné. Ils partent en équipe de 3. Ses deux coéquipiers abandonnent prématurément. Ils sont épuisés mentalement et ont peur pour leur vie.

« J’ai dit à Henri Delauze : je peux le faire ! »

Théo avait entièrement confiance en l’équipe médicale. Il ne peut rester seul à l’intérieur du caisson alors la remontée est organisée. Notre plongeur ne veut pas rester sur un échec, il sent que c’est son moment, il est prêt et déterminé à réussir. Il insiste auprès du dirigeant de COMEX qui finit par convaincre les autres décideurs que Théo parte seul. C’est alors, qu’il finit par atteindre les -701 mètres et qu’il y reste pendant 3 heures où il effectuera des exercices physiques mais pas de plongée dans l’eau avant d’être remonté à la surface.

C’est ainsi, que Théo Mavrostomos a marqué l’histoire de la plongée, en devenant l’homme le plus profond du monde. Chose qui nous a beaucoup étonnés, la légion d’honneur n’aura pas été décernée à Théo mais au médecin responsable de l’expédition ainsi qu’à Monsieur Henri DELAUZE… Est ce qu’une telle situation se serait vue avec notre équipe nationnale de football championne du monde où seuls l’entraîneur et le président de la fédération seraient décorés?… Théo, un homme humble au grand coeur a continué à être scaphandrier pendant quelques années puis il est devenu formateur à l’INPP. Enseigner lui permet de transmettre son savoir et sa passion aux nouvelles générations de plongeurs.

« Ce que j’apprends à mes élèves, c’est surtout à aimer ce métier. »

Il a également créé une association, avec l’aide de son ami rugbyman Christian Califano dont la mission est d’assurer la protection du littoral et des fonds marins en Méditerranée. Une problématique qui est chère à Théo pour pouvoir préserver cette mer où tout a commencé et où tout finira.

Texte et photos par Ael Le Fur

Leave a Reply

Your email address will not be published.

*