Sécurité en plongée et méthodes de prévention des accidents

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La matinée du 27 avril 2019 nous étions au centre hospitalier universitaire Pasteur à Nice pour suivre plusieurs conférences lors du 1ère rendez-vous national des activités subaquatiques de la FFESSM. Cette première demi-journée était consacrée à la sécurité en plongée et aux méthodes de prévention des accidents dans nos pratiques, voici un petit texte pour partager avec vous ce que nous avons pu y entendre.

Après une introduction de Monsieur le maire de Villefranche sur mer c’est Monsieur Jean Louis BLANCHARD, président de la fédération française de plongée, qui nous a rappelé l’intérêt de cette journée plus axée grand public que celle à Toulon très scientifique. Aujourd’hui c’est donc de sécurité et de bien être dont on a pu entendre parler.

La position d’un explorateur

Pour débuter c’est Alban MICHON, explorateur des temps modernes aimé de tous qui a parlé de sa vision de la sécurité. Il a voulu venir pour répondre aux réflexions souvent entendues « mais c’est dangereux ce que tu fais, pourquoi tu fais ça ? ». Plongée sous glace, plongée souterraine, expédition en arctique, comment aborde t il tout cela ? Alban nous a confié que c’est par l’approche de la plongée souterraine qu’il a appris à se sauver lui même plutôt que l’autre et en continuant sous plafond glacé qu’il a continuer de progresser. L’homme que l’ours polaire n’a probablement pas voulu manger tellement son grand coeur bat fort pour son monde nous a bien précisé qu’avant de partir il se forme et protocolise tout un tas de réponses à des problèmes éventuels (médicaux par exemple, comme lorsqu’il a eu la cornée gelée l’an dernier dans son aventure). C’est cette logique de gestion des risques, d’adapter son matériel à la situation, de savoir dire non, ne pas se surestimer et écouter ce qu’il se passe dans sa tête qui le maintien vivant.

« L’accumulation de matériel peut être source d’insécurité et avoir un faux aspect rassurant : inutile de partir en tri 20l pour faire 20min de plongée sur le Donator ! » Et il a raison…

Pour Alban être explorateur c’est un métier, il y a de l’entraînement, ça ne s’improvise pas car ce n’est pas seulement faire des images ou des livres, c’est aussi être un conquérent de l’utile, aller là où les scientifiques ne peuvent pas aller. Le public sait maintenant une partie des motivations qui l’animent et qu’il présente si bien dans son dernier livre « L’itinéraire d’un nomade des glaces » que j’ai eu grand plaisir à lire dernièrement et ne manque pas de vous recommander.

L’approche militaire

C’est dans un continuum sur la plongée extrême que Nicolas FEBVAY connu par les belles vidéos de plongée varoises qu’il partage régulièrement, officier de marine et instructeur de plongée, a présenté la sécurité en plongée militaire. Responsable de la cellule mélanges du CEPHISMER et du centre d’essais hyperbare, il a présenté les trois types de plongeurs militaires : plongeur de bord (formation initiale), plongeur démineur et nageur de combat (spécialités). Il y a 2276 plongeurs dans la marine d’une moyenne d’âge de 35 ans autrement les plongeurs militaires sont répartis comme suit : 221 en gendarmerie, 227 armée de terre, 50 armée de l’air et 46 service de santé des armées. Tous les postulants sont sélectionnés à l’entrée afin d’avoir un échantillon homogène de manière à en faire des plongeurs professionnels en 6 semaines. La formation initiale est orientée sur la technique en plongée, la théorie et également sur le savoir-être sanctionnées par une évaluation hebdomadaire. Nicolas nous expliquait que pour former ils ont énormément d’instructeurs, en moyenne sur toutes les formations 1 pour 2 élèves. Ils utilisent pour encadrer du nitrox et ils ont a disposition immédiate un appui médical du service de santé des armées. Après être certifié, la validité des compétences et aptitudes (physiques et médicales) est vérifiée très régulièrement avec aussi des audits des unités. Le plongeur de bord est limité à 35m sans décompression.

Toutes ces précautions permettent de limiter drastiquement le nombre d’accidents avec seulement un ADD (accident de décompression) en moyenne toutes les 45 000 immersions chez les militaires.

Problématiques en plongée loisir

Le Dr A. KAUERT du service de médecine hyperbare a enchaîné en disant que l’on a 1 ADD pour 10 000  plongées dans le civil. Le pic à Nice d’accidents commence depuis très longtemps au mois de mai. Les plus gros problèmes proviennent de plongées de reprise avec décompression et les cas de mauvais suivi des protocoles de prise en charge de victimes. Attention aussi à remonter doucement de 6m à la surface, nous avons vu des courbes d’ordinateurs avec un retour surface en moins de 15 secondes ! Attention aux paliers non maitrisés, aux redescentes à 15m après avoir fait ses paliers à 6m… Ces profils sont accidentogènes et l’intervenant nous recommande de faire des paliers de sécurité même si l’ordinateur ne donne aucun palier, aussi de ne pas faire de profil inversé. Même si la sanction peut ne pas apparaître sur des « mauvais profil » et inversement on observe des profils aux courbes séduisantes chez les accidentés il faut savoir augmenter ses marges de sécurité. Le médecin nous a rappelé que l’accident de plongée est une urgence thérapeutique, il faut absolument appeler les urgences comme pour un infarctus du myocarde ou un AVC. Il ne faut pas hésiter à déranger les professionnels qui sont là pour ça, bien au contraire, ils seront heureux de vous laisser partir rapidement si vous n’avez rien.

En 1982 la moyenne d’âge de la population des plongeurs en France était de 35 ans, aujourd’hui elle est supérieure (il y a une véritable séniorisation de l’activité) donc il faut être prudent même si les nombre d’accidents de plongée reçus annuellement à Nice entre 1997 à 2018 est relativement stable (40 + ou – 15) alors que le nombre de plongées à été quintuplé. En conclusion il faut reprendre progressivement la plongée, adapter à sa physiologie ses profils de plongée et bien consulter le médecin surtout en vieillissant. Que du bon sens mais des choses à ne pas oublier et qu’il est bon de rappeler !

Mr Richard VIAL du CIP Nice et son équipe ont traité de la problématique de l état physique et psychologique du plongeur lors de son accueil en structure. Ce que l’on maitrise : l’examen des papiers des plongeurs et un questionaire. Avec cela une idée du profil de la personne est possible. Mais il y a ce que l’on ne maitrise pas : son état psychique, sa fatigue à se moment, s’il pratique du sport à côté le reste de l’année, ses antécédents médicaux, ses habitudes en matière d’alcool, tabac ou drogues diverses, le niveau réel dans l’eau malgré les certifications, et un autre facteur le déni du plongeur… Donc pour votre sécurité, ne vous mentez pas à vous même, comme dit plus haut, il faut savoir ne pas y aller. Il faut penser à la sécurité avant tout en plongée, il a aussi été présenté l’outil O’dive d’Azoth système dont nous vous avions parlé il y a un an. Le plongeur doit rester objectif sur son état de forme. Pour un peu plus de légéreté dans son discours il a ensuite partagé avec nous un merveilleux moments passé sous l’eau que nous vous laissons découvrir  : une fabuleuse rencontre avec un dauphin gris sur nos côtes méditerranéennes.

Réflexion autour de l’apnée

Suite à cela le staff et des membres des équipes de France d’apnée nous a fait un retour sur la sécurisation des apnées en poids constant. Avec une présentation de descente impressionnante à 70m en vidéo de Thomas BOUCHARD équipé d’une longe connectée au cable de compétition, on a pu voir que la remontée est sécurisée par un premier plongeur de sécurité le rejoignant entre 30 et 15m en scooter sous marin puis deux autres qui viennent dans la zone des 7-8m pour l’accompagner jusqu’à la surface. Aucun plongeur bouteille ne fait la sécurité car ce n’est pas forcément adapté d’intervenir en cas de problème si l’on plonge profond en scaphandre. La préparation de la potence avec un contrepoids sécurise l’athléte en zone profonde et lancé en cas de problème pour le ramener à la surface. Ils utilisent sinon un treuil électrique avec un retour vidéo live intégré dans le cable (système Orkotec). Ils se basent ainsi sur les vitesses de remontées, la profondeur, le temps total annoncés et le retour vidéo pour contrôler le comportement du compétiteur et déceler tout signe anormal servant à décider d’un sauvetage ou non. Des protocoles intéressants pour une activité de plongée tout aussi spécifique que celles abordées précédement.

«  En plongée bouteille comme en apnée on joue à la roulette russe, l’enjeu c’est d’augmenter le nombre de balles qui peut y avoir dans le barillet » Thomas BOUCHARD

Le Dr Carl WILLEM a ensuite insisté sur l’importance de s’assurer de son état médical, de se soumettre aux contrôles et de savoir renoncer afin d’éviter les drames. En apnée il ne faut pas plonger seul afin d’avoir la possibilité de se faire assister en cas de syncope survenant entre 10m et la surface. Les accidents d’apnée peuvent survenir même à relative faible profondeur, un exemple de pompier en bonne condition, étudiant, descendu à 20m et qui a fait un oedeme d’immersion (sang dans les poumons) nous a été présenté. Sur ce cas il y avait des conditions moins bonnes que d’habitude et une garde de nuit qui pourraient expliquer cela… Une chose à toujours garder en tête, il n’y a pas de petite plongée! Pour descendre en apnée et même en plongée bouteille il est bon de travailler sa souplesse thoracique. C’est un facteur de prévention des oedèmes efficace L’aspect psychologique est un facteur à ne pas oublier, c’est ce qui a été martelé en continu et qu’il ne faudra jamais cesser de répéter. Il est important d’apprivoiser la profondeur et de ne pas aller trop rapidement trop profond.

“Soyez patients et reposez-vous avant vos plongées.” Lors d’un discours passionnant de Claude CHAPPUIS

La matinée s’est alors achevée par une visite facultative du service de médecine hyperbare local.

Votre humble reporter,

Brice MASI

Image: FFESSM

Photos: Axel BARBAUD

4 Comments

  1. L’après midi a surtout été consacré à parler du sport sur prescription médicale !
    Oui, maintenant, les activités sportives peuvent être préscrites par un médecin (spécialiste ou généraliste) afin de favoriser une remise en forme après traitement/accident ou tout simplement pour maintenir un état général.
    La plongée-bouteilles, l’apnée, la nage avec palmes etc. apportent sérenité et bien-être, tout en favorisant des fonctionnements musculaires en situation… agréable 🙂

    La FFESSM tente de faire péréniser les découvertes ainsi prescrites, en diversifiant les activités proposées : n’oublions pas que si l’on ne fait pas l’activité sportive pendant trop longtemps, l’état redevient comme avant le début de pratique…

  2. Merci pour ce beau résumé de notre 1er RV. Je vous annonce que le 2ème RV est déjà en cours de préparation et deviendra international…
    Dr Carl WILLEM

  3. Hello Brice,
    Merci pour cet article très intéressant !
    Un petit contresens à signaler dans l’expression rapportée de Thomas Bouchard, l’expression originale étant : “L’objectif c’est d’augmenter le nombre d’espaces vides dans le barillet” :-).
    Bravo à Carl Willem aussi pour ses talents d’organisateurs et cette journée passionnante.
    Axel

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